Méditation sur saint Joseph

En cette fête de saint Joseph, Mgr Jean-Marc Aveline nous propose cette méditation.
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Chers amis,

En ce 19 mars, comme chaque année, l’Église nous invite à célébrer solennellement la fête de saint Joseph. Mais aujourd’hui, cette fête prend un sens tout particulier à cause de l’épidémie qui frappe une grande partie de l’humanité. En quoi la figure de Joseph peut-elle éclairer ce que nous avons à vivre dans cette situation bien particulière ?

Dans les récits évangéliques, comme vous le savez, on parle peu de saint Joseph, au point qu’il fut longtemps comme le « parent pauvre » de la Sainte Famille ! Pas une mention chez Marc ni chez Jean ; quelques-unes chez Luc, mais dans l’ombre de Marie, et quelques petits versets, plus explicites, chez Matthieu. Sa place, pourtant indispensable dans l’histoire du salut, semble tenir dans cette petite phrase qui conclut le passage lu à la messe de ce jour : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt. 1, 24).

Ce qui saute aux yeux, quand on relit les deux premiers chapitres de l’Évangile selon saint Matthieu, c’est l’entière docilité de Joseph à la parole de l’ange. Lui-même ne dit rien, mais à chaque fois, l’évangéliste nous dit qu’il fait ce qui lui a été prescrit. Joseph ne parle pas : il écoute, il se lève, il accomplit. Il est l’homme de la confiance en la Parole. Une confiance qui ne s’exprime pas en mots, mais en actes : à chaque fois que lui fut donnée une Parole, Joseph fit ce que cette Parole lui avait prescrit. Peut-être est-ce à cause de cette confiance toute filiale en la Parole que le Verbe fut confié à sa paternité.

Car il fallait un père à cet enfant, conçu du Saint Esprit et né de la Vierge Marie ! Au roi David, Dieu avait annoncé par le prophète Nathan l’alliance qu’il prévoyait avec sa descendance. Parlant de celui qui s’appellera Salomon, Dieu disait : « je serai pour lui un père ; il sera pour moi un fils ! » (2 S. 7, 14). Avec Joseph, c’est presque l’inverse : Dieu devient pour lui un fils et ce Fils a besoin d’un père ! Que ce mystère est grand, qui demande au charpentier de Nazareth, cet « homme juste » qui aimait Marie, de devoir prendre cet enfant par la main et charpenter peu à peu l’humanité du Fils de Dieu ! Que ce mystère est grand, qui confie à un homme tout simple de la maison de David la charge d’apprendre à Jésus que, depuis le « oui » d’Abraham à l’appel du Seigneur, c’est la confiance en la Parole qui, de génération en génération, charpente en tout homme la foi. Plus loin dans leurs récits, les évangélistes nous racontent comment Pierre, Jacques et Jean ont contemplé le Fils transfiguré et ont recueilli la parole du Père surgissant dans la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour : écoutez-le » (Mt 17, 5) ! Mais pour y mettre « tout son amour », le Père du ciel a voulu avoir besoin d’un père terrestre, d’un homme humble et solide, attentif et discret, pour que son Fils grandisse « en taille et en sagesse » (Lc. 2, 52), en suivant l’exemple d’un père qui écoute la Parole de Dieu et fait ce qu’elle lui prescrit de faire.

Chers amis, depuis quarante-huit heures maintenant, confinés dans nos lieux d’habitation, nous nous appliquons à respecter ce qui nous a été prescrit par les pouvoirs publics. Essayons aussi, si vous le voulez bien, de respecter ce que nous prescrit la Parole de Dieu. Elle nous demande d’être des hommes et des femmes « justes » devant Dieu, c’est-à-dire disponibles aux appels de l’Esprit, assidus à la prière, fidèles à la vocation baptismale, attentifs aux besoins de nos frères. Sur chacun de ces points, nous avons tous à progresser, à grandir en taille et en sagesse spirituelles : c’est l’objectif de tout Carême ! Mais en ces jours difficiles, il faut que notre charité se fasse inventive, car tout geste de fraternité, vécu dans la foi, est sacrement de l’amour de Dieu : « ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt. 25, 40).

Permettez-moi d’exhorter tout particulièrement les aumôniers d’hôpitaux et les visiteurs de malades à soutenir les soignants qu’ils connaissent, ainsi que les personnels hospitaliers qu’ils fréquentent d’habitude régulièrement. Même si vous ne pouvez plus vous rendre dans les hôpitaux, manifestez-leur votre soutien, par quelque moyen que ce soit (applaudissements à 20h ou autres initiatives), et surtout prenez-les, prenons-les tous dans notre prière : ils en ont et en auront abondamment besoin ! Soutenons également tous ceux que leurs professions obligent à travailler encore à l’extérieur pour le service de tous.

O saint Joseph, regarde la peine de notre monde en ces jours. En veillant sur l’humanité du Verbe, tu apprenais déjà à prendre soin de son Corps mystique, qui est l’Église. Maintenant, en veillant sur l’Église, apprends-lui à prendre soin de l’humanité tout entière, surtout des plus pauvres, des plus démunis, des plus fragiles, des plus isolés, de ceux qui sont sans toit.
O saint Joseph : avec Marie, veille aussi sur nos familles en ces temps de confinement. Souvent, la vie moderne nous a fait perdre l’habitude de vivre ensemble et cela peut s’avérer difficile, surtout si l’espace est restreint. Aide-nous à tirer profit de cette situation imposée pour retrouver le sens profond de la vie familiale, avec ses défis quotidiens d’amour et de tendresse, d’entraide et de pardon.
O saint Joseph, toi qui dus organiser la fuite en Égypte pour que ta petite famille échappe à la violence et aux menaces de mort, apprends-nous à prendre soin des personnes migrantes arrivées en Europe pour fuir d’autres violences et qui se retrouvent aujourd’hui prises au piège dans des conditions souvent déplorables d’hygiène et de sécurité.
O saint Joseph, toi qui, comme Marie ton épouse, eus foi en la Parole, augmente en nous la foi en Jésus, le Verbe fait chair. Il fut confié à votre amour pour révéler au monde que Dieu est amour.

« Je vous salue Marie et Joseph, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénis entre tous les parents et Jésus, votre enfant, est béni. Sainte Marie et saint Joseph, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen ! »

+ Jean-Marc Aveline

Dernière mise à jour : Mercredi 25 mars 2020