Mgr Aveline à Mgr Pontier

Mgr Aveline exprime à Mgr Pontier la reconnaissance du diocèse de Marseille

Cher Georges,
Il m’a été demandé de dire quelques mots, à la fin de notre célébration, pour tenter de t’exprimer la reconnaissance de notre diocèse au terme de tes treize années d’épiscopat à Marseille. À cette reconnaissance se joignent aussi les diocésains de Digne et de La Rochelle et Saintes qui, sans le savoir, avaient contribué à forger en toi le cœur du pasteur que Dieu a ensuite voulu donner à l’Église de Marseille. Et se joignent aussi à ces remerciements, non seulement les membres des diocèses de notre Province dont tu fus le Métropolitain, mais aussi ceux des diocèses de France puisque tu as été, pendant six ans et jusqu’à ce soir, le président de notre Conférence épiscopale, en des temps pour le moins agités et difficiles.

Quel est donc ce cœur de pasteur qui bat en toi ?
Je me souviens qu’un jour, dans le jardin de la Résidence, tu m’avais confié ta difficulté à trouver le juste service que, comme évêque, tu pouvais rendre à cette Église de Marseille. À Digne, me disais-tu, tu avais, à tes yeux, trouvé comment faire. À La Rochelle aussi, même si c’était différent. Mais Marseille te semblait plus difficile : chaleureuse mais réservée, volubile mais pudique, agitée mais sensible. Et tu te demandais : que puis-je bien apporter, comme évêque, à cette ville et à ce diocèse ? Je ne sais pas si, de ton côté, tu as trouvé la réponse à cette question, mais puisque j’en ai l’occasion, je vais essayer de te dire ce qu’à nos yeux, tu nous as apporté. Pas seulement par les paroles que tu nous as dites, mais plus encore par l’exemple que tu nous as donné.

La première chose que remarquent ceux qui te voient vivre, c’est la place de la prière dans ta vie quotidienne. Pas une prière ostentatoire, mais une prière de publicain, humble et régulière, une prière qui sans cesse, par la patiente méditation de la Parole de Dieu, accueille et entretient l’amitié avec le Christ pour le service des frères. Le Christ ! Voilà bien le centre de gravité de toute ta vie et de toute ton action. Quand je suis devenu évêque, tu m’avais donné ce conseil : chaque fois qu’on augmente le poids de ta charge, allonge le temps de ta prière. Tiens-toi près du Seigneur. C’est Lui qui, le premier, veille sur la barque de l’Église. Merci Georges de nous avoir montré le Christ en étant toi-même un homme de prière, dans l’humilité et la simplicité.

De cette relation d’amitié avec le Christ découle un autre aspect caractéristique de ta façon d’être évêque : le souci des pauvres et des plus fragiles. Ton histoire familiale t’y avait préparé et ton service épiscopal en lien avec l’Amérique latine t’a permis d’en percevoir les enjeux institutionnels et internationaux. Et tu n’as jamais changé de cap, même s’il t’a fallu pour cela, que ce soit dans le cadre du diocèse ou comme président de la Conférence des évêques de France, ramer parfois à contre-courant. Cette attention aux plus pauvres, aux victimes, aux plus fragiles, tu ne l’as pas seulement prêchée dans tes homélies ni évoquée dans tes discours : tu l’as pratiquée, j’en suis témoin, dans la discrétion de maraudes nocturnes et par la disponibilité d’une porte toujours ouverte, spécialement aux plus petits. Pour cela aussi, Georges, merci !

Et puis il y a encore autre chose que je voudrais souligner, parmi toutes celles que nous retiendrons de toi. C’est ton encouragement incessant au combat intérieur. Souvent, quand tu étais exposé au fiel des critiques ou des paroles malveillantes, tu nous disais à propos de la personne qui les proférait : « Et pourtant, Dieu l’aime elle aussi ! » Le cœur de Dieu est assez grand pour pouvoir aimer même nos ennemis ! Le combat le plus difficile, le « bon combat » dont parle saint Paul, c’est le combat que chacun doit mener en lui-même pour se convertir à la miséricorde et à la bonté de Dieu pour tous, et pour lutter contre le vieil homme qui en chacun de nous résiste à la liberté et à la joie de l’Évangile ! Il s’agit de se convertir avant de chercher à convertir ! Ne prétends pas dénoncer la paille qui est dans l’œil des autres si tu ne commences pas par lutter contre la poutre qui est dans le tien ! Et cette règle de vie, exigeante et parfois incomprise, tu l’as appliquée avec ténacité, quel que soit le prix qu’il t’a fallu payer et même, à un moment, au prix de ta santé ! Pour cet exemple aussi, tout inspiré de Charles de Foucauld, nous te disons, cher Georges, notre profonde reconnaissance !

Les cadeaux qui, depuis plus d’un mois, s’accumulent dans ton bureau et ceux que nous allons t’offrir tout à l’heure traduisent l’attachement et l’affection que te porte le peuple de Marseille. Là où tu vas maintenant, continue, s’il te plaît, à nous tenir dans ta prière ! Nous, les prêtres et les diacres, nous n’oublierons pas ton désir de mettre entre nous plus de fraternité, baume pour les blessures de la vie et creuset d’espérance pour l’Église et l’humanité. Continue, s’il te plaît, avec cette délicate attention à chacun qui ne s’est jamais démentie tout au long de ces treize ans, de prier pour chaque membre de notre presbyterium et pour les diacres. Garde ta bonne humeur et ton sens de l’humour ! Et sache qu’ici, où tu seras toujours chez toi, ce peuple auquel tu as beaucoup donné continuera de te porter dans son cœur et dans sa prière.

Tu te demandais, cher Georges, ce que tu pouvais nous apporter ? Écoute maintenant la réponse, dans notre profond et vibrant « merci » !

+ Jean-Marc Aveline
Évêque auxiliaire de Marseille

Dernière mise à jour : Jeudi 4 juillet 2019