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« N’ayez pas peur de devenir les citoyens du territoire numérique ...

« N’ayez pas peur de devenir les citoyens du territoire numérique » Pape François

« Parmi les merveilleuses découvertes techniques qu’avec l’aide de Dieu, le génie de l’homme a tirées de la création, à notre époque surtout, l’Eglise accueille et suit avec une sollicitude toute maternelle celles qui, plus directement, touchent les facultés spirituelles de l’homme et offrent des possibilités élargies de communiquer très facilement des nouvelles de tout genre, des idées, des orientations. Or, parmi ces découvertes, il faut assigner une place singulière aux moyens qui, de par leur nature, sont aptes à atteindre et à influencer non seulement des individus, mais encore les masses comme telles, et jusqu’à l’humanité tout entière. Tel est le cas de la presse, du cinéma, de la radio, de la télévision et d’autres techniques de même nature » (Vatican II, Décret sur les moyens de communication sociale Inter mirifica, 1).

Quand les pères conciliaires votent ce texte promulgué par le pape Paul VI le 4 décembre 1963, nous sommes loin des « découvertes » dont nous bénéficions aujourd’hui. Mais il n’a rien perdu de son actualité, ce que Jean-Paul II soulignait en ouverture de la lettre apostolique Le progrès rapide (24 janvier 2005) : « Le progrès rapide des technologies dans le domaine des médias est assurément un des signes du progrès de la société moderne. En considérant ces nouveautés en évolution continuelle, le texte du décret du Concile œcuménique Vatican II Inter mirifica semble encore plus actuel. »

L’Évangile est mission

« Allez de toutes les nations faites des disciples ! » (Matthieu 28, 19). Cet envoi du Ressuscité, porche de l’évangélisation, met tout croyant, ou pour reprendre une expression du pape François tout « disciple-missionnaire » (« En vertu du Baptême reçu, chaque membre du peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire » [cf. Matthieu 28, 19], Evangelii gaudium [EG], n. 120), en face de sa responsabilité quant à la communication de l’Évangile et des moyens à user pour la réaliser. C’est l’être même de l’Église qui est défini : l’Église est mission. « L’Église n’a pas besoin de bureaucrates et de fonctionnaires appliqués mais de missionnaires passionnés, dévorés par l’ardeur d’apporter à tous la consolante parole de Jésus et sa grâce. C’est le feu de l’Esprit. Si l’Église ne reçoit pas ce feu ou ne le laisse pas entrer en elle, elle devient une Eglise froide ou seulement tiède, incapable de donner la vie, car elle est faite de chrétiens froids et tièdes » (François, Angélus, 14 août 2016). Son être, mais aussi sa fin : évangéliser, autrement dit faire écho dans le monde contemporain à la Bonne Nouvelle, révélant à l’homme sa dignité, sa grandeur, son unité dans un échange constant avec l’expérience historique dans laquelle il est plongé.

Une culture de la rencontre

« L’Église, comme le remarque Paul VI, "se sentirait coupable devant son Seigneur si elle ne mettait pas en œuvre ces puissants moyens" (Evangelii nuntiandi, n. 35). En fait, l’Église n’est pas appelée seulement à utiliser les médias pour diffuser l’Évangile mais, aujourd’hui plus que jamais, à intégrer le message salvifique dans la nouvelle culture que ces puissants instruments de la communication créent et amplifient. Elle reconnaît que l’utilisation des techniques et des technologies de la communication contemporaine fait partie intégrante de sa mission spécifique dans le troisième millénaire » (Jean-Paul II, ibidem, n. 2). Ce que le pape Benoît XVI exprimait dans le Message pour la 47e Journée mondiale des communications sociales : « La capacité d’utiliser les nouveaux langages est requise non pas tant pour être à la mode du temps, mais justement pour permettre à l’infinie richesse de l’Evangile de trouver des formes d’expression qui soient en mesure d’atteindre les esprits et les cœurs de tous. » Il ajoutait plus loin : « Les réseaux sociaux, outre qu’instruments d’évangélisation, peuvent être un facteur de développement humain. » A son tour, le pape François insiste dans son Message pour la 48e Journée mondiale des communications sociales : « La culture de la rencontre exige que nous soyons disposés non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres. Les médias peuvent nous aider dans ce domaine, surtout aujourd’hui, alors que les réseaux de communication humaine ont atteint une évolution extraordinaire. En particulier, l’Internet peut offrir plus de possibilités de rencontre et de solidarité entre tous, et c’est une bonne chose, c’est un don de Dieu », tout en précisant : « Le témoignage chrétien ne se réalise pas avec le bombardement de messages religieux, mais avec la volonté de se donner soi-même aux autres… Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à sa proposition. Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. » Internet et les réseaux sociaux promeuvent une « culture de la rencontre », dans laquelle la Bonne Nouvelle qu’est Jésus-Christ doit trouver sa place, si les croyants désirent qu’elle ne soit pas « absente de l’expérience d’un grand nombre pour qui cet espace existentiel est important » (Benoît XVI, ibidem) et nourrisse « la réalité quotidienne de nombreuses personnes, en particulier des plus jeunes ». L’invitation du Ressuscité passe obligatoirement par cet environnement numérique, où peuvent être rendus visibles la vérité de la Bonne Nouvelle, le témoignage de la foi et la pratique de la charité, et dans lequel « l’autre » peut aider à devenir, ou du moins à s’interroger pour construire sa vie.

Une pastorale de la question

Nous le savons aussi, par expérience, cet environnement numérique porte en lui des aspects problématiques, sur lesquels doivent s’exercer notre responsabilité, notre questionnement, voire notre discernement. Pour autant, ce « don de Dieu » est à accueillir et à mettre en œuvre car il peut nous permettre de vivre autrement notre « être Eglise » missionnaire.

« On n’a jamais besoin de répondre à des questions que personne ne pose » (EG, n. 155). La pratique d’Internet conduit à changer une approche qui a trop souvent cours : « Il ne faut pas, sur le Net, présenter l’Évangile comme le livre qui contient toutes les réponses importantes pour la vie de l’homme, mais toutes les questions », souligne le P. Antonio Spadaro dans une interview. Il illustre cette remarque par l’attitude du Christ avec les pèlerins d’Emmaüs (Luc 24, 13-35) : le Ressuscité marche avec eux, il les rejoint dans leur désolation, il prend le temps de les écouter, il partage leurs questions et leurs doutes… et il les laisse avec une question : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » A eux de formuler la réponse. « Il est urgent de passer d’une pastorale de la réponse à une pastorale de la question ». Cela conduit à modifier la pastorale de la transmission, en laissant plus place au partage et au témoignage, à travers lesquels l’interlocuteur peut trouver sa place, dire « je ». Pour reprendre une remarque forte de Benoît XVI : « A l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, une Personne » (Deus caritas est, n. 1) ou une personne...

Jean-Luc Ragonneau, sj

Commentaires

▪ « Il existe un style chrétien de présence dans le monde numérique : il se concrétise dans une forme de communication honnête et ouverte, responsable et respectueuse de l’autre. Communiquer l’Évangile à travers les nouveaux médias signifie non seulement insérer des contenus ouvertement religieux dans les plates-formes des divers moyens, mais aussi témoigner avec cohérence, dans son profil numérique et dans la manière de communiquer, choix, préférences, jugements qui soient profondément cohérents avec l’Évangile, même lorsqu’on n’en parle pas explicitement. Du reste, même dans le monde numérique, il ne peut y avoir d’annonce d’un message sans un cohérent témoignage de la part de qui l’annonce » (Benoît XVI).

▪ « Il existe des réseaux sociaux qui, dans l’environnement numérique, offrent à l’homme d’aujourd’hui des opportunités de prière, de méditation ou de partage de la Parole de Dieu. Mais ces réseaux peuvent aussi ouvrir des portes à d’autres dimensions de la foi. En effet, beaucoup de gens sont en train de découvrir, grâce à un contact au départ en ligne, l’importance de la rencontre directe, des expériences de communauté ou même de pèlerinage, éléments toujours importants dans le cheminement de foi. En nous efforçant de rendre l’Évangile présent dans l’environnement numérique, nous pouvons inviter les personnes à vivre des rencontres de prière ou des célébrations liturgiques dans des lieux concrets tels que des églises ou des chapelles » (Benoît XVI).

▪ « L’attention et la présence de l’Église sont importantes dans le monde de la communication, pour dialoguer avec l’homme d’aujourd’hui et l’amener à rencontrer le Christ : une Église qui accompagne le chemin, sait se mettre en marche avec tous. Dans ce contexte, la révolution des moyens de communication et de l’information est un grand et passionnant défi, qui requiert des énergies fraîches et une nouvelle imagination pour transmettre aux autres l

Article paru dans "l’Eglise à Marseille" de septembre 2017

Dernière mise à jour : Mardi 5 septembre 2017