Accueil > Diocèse > Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille > Homélies de Mgr Jean-Marc Aveline > Ordination diaconale de Damien Escardo : 21 juin 2020

Ordination diaconale de Damien Escardo : 21 juin 2020

« Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. » Ce passage de la deuxième lettre de saint Paul à Timothée nous aide à bien comprendre ce que nous célébrons cet après-midi

Bien sûr, il y a parmi nous un homme, Damien Escardo, qui a déclaré sa disponibilité à être ordonné diacre en vue du ministère presbytéral. Bien sûr, il y a tous ceux qui ont été chargés par l’Église d’accueillir sa disponibilité, de l’accompagner, de la former, de l’éprouver, de discerner l’existence des « aptitudes requises » et surtout de l’humilité nécessaire, afin de me permettre, en tant qu’évêque, de l’appeler à ce ministère et de lui conférer tout à l’heure le sacrement de l’ordre. Bien sûr, il y a la famille de Damien, ses amis, sa communauté de l’Emmanuel, les séminaristes qui furent ses compagnons de route, les paroissiens des communautés chrétiennes où il a été envoyé tout au long de sa formation, et tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui ont croisé sa route et développé avec lui une amitié, par-delà les différences de cultures et de religions. Bien sûr… Et nous rendons grâces à Dieu pour toutes ces merveilles accomplies dans le cœur d’un homme simple et discret. Mais ce que saint Paul nous rappelle, c’est que tout cela ne serait rien si ce n’était en vue du projet de Dieu pour l’humanité tout entière : « Il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. »

Quel est donc ce projet ? On en devine déjà quelque chose dans l’ordre que le Seigneur intime à Moïse, de donner au prêtre Aaron la tribu de Lévi pour l’assister dans sa mission : « Les lévites prendront soin de tout ce qui est confié à sa garde et à celle de toute la communauté ; devant la tente de la Rencontre, ils accompliront le service de la Demeure. […] Tu donneras les lévites à Aaron et à ses fils ; c’est eux, les lévites, qui, parmi les fils d’Israël, leur seront entièrement donnés. » Bien sûr, cher Damien, tu ne seras pas donné au prêtre Aaron pour l’assister ! Et ce n’est pas parce que tu serais membre d’une tribu, ni de Lévi, ni de Dana, que tu es aujourd’hui appelé ! Mais si tu veux comprendre le « projet de Dieu » dont parle saint Paul, il te faut choisir d’accepter, toi aussi, d’avoir été choisi et donné par Dieu pour « le service de la Demeure » et pour prendre soin de « la tente de la Rencontre ». Ce qui veut dire que dans ta vie, la proximité avec le Seigneur, la prière, l’adoration, doivent tenir la première place, comme au temps où, enfant, tu allais prier avec ta grand-mère italienne dans son petit oratoire ! Cette proximité avec le Seigneur n’est pas pour ton confort personnel, mais pour servir la rencontre de Dieu avec toute l’humanité. Plus tu soigneras en toi « le service de sa Demeure », et plus tu pourras transporter « la tente de la Rencontre » vers toutes les périphéries où son appel te conduira. Au début, c’est en jouant au foot avec tes amis musulmans que tu as osé parler avec eux de ta foi, puisqu’eux te parlaient de la leur. Ainsi s’est peu à peu épanouie ta vocation dans le projet de Dieu et dans sa grâce.

Ce projet de Dieu, l’Église confesse que c’est en Jésus, le Fils de l’homme, qu’il s’est pleinement manifesté. Lui-même a ainsi résumé sa mission : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Ne l’oublie jamais, cher Damien ! En Jésus, le pasteur s’est fait agneau et le roi, serviteur ! Toi aussi, comme Timothée, « n’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur. […] Avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. […] Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ». Cet Esprit, c’est surtout lors de sessions à Paray-le-Monial, avec la Communauté de l’Emmanuel, que tu l’as découvert. « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération », disait saint Paul.

Sois un bon coopérateur de l’Esprit, cher Damien ! Ne te lasse pas d’apprendre à le suivre à la trace, dans toutes les rencontres qui jalonneront tes journées de diacre. Tu le sais déjà d’expérience : l’Esprit est présent partout, même au cœur des existences les plus dissolues en apparence, ou les plus abîmées par les tracas de la vie, et les mots du vocabulaire chrétien, ni même religieux, ne sont pas les meilleurs indices de sa présence. Tu as déjà compris, toi qui fus particulièrement marqué par la vie de Charles de Foucauld, que c’est par l’amitié et le respect que passe la mission, et qu’on n’annonce rien aux autres tant qu’on n’a pas l’humilité d’accepter d’apprendre aussi par eux quelque chose de Dieu et de sa grâce. Car l’Esprit, comme le vent, souffle où il veut ! Reste un serviteur qui ne demande qu’à se laisser conduire par cet Esprit, même dans les bas-côtés de notre monde, là où la misère appelle la miséricorde. Et quand l’Esprit te le demandera, n’aie pas honte de rendre témoignage au Christ, avec respect et sincérité, pour que ceux que la grâce travaille de l’intérieur puissent rencontrer en toi un témoin de Jésus qui leur explique d’où vient ce désir qui couve dans leur cœur. L’Esprit a besoin de toi, il a besoin d’apôtres, il a besoin de l’Église, « non pas à cause de nos propres actes, mais à cause du projet de Dieu et de sa grâce ». Ton adolescence avait été blessée par quelques déceptions amicales ou affectives et tu cherchais un roc auquel tu pourrais totalement te confier. Et l’Esprit t’a montré l’humilité du Christ, son infinie miséricorde, son indéfectible fidélité. Alors, tu as compris que ces paroles que tu aimais chanter n’étaient pas simplement pour tous, mais qu’elles étaient aussi pour toi, tout spécialement : « Ne crains pas, je suis ton Dieu. C’est moi qui t’ai choisi, appelé par ton nom ! Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. Ne crains pas car je suis avec toi » !

Frères et sœurs, l’ordination diaconale de Damien est pour nous tous un appel à réfléchir à la place que nous sommes appelés à prendre dans le projet de Dieu. Chacun de nous peut se demander ce soir : et moi, quelle est ma vocation ? Comment puis-je prendre ma part dans l’annonce de l’Évangile ? Vous, les jeunes, sachez que je suis souvent touché, en vous écoutant, par la grande générosité qui vous habite, ainsi que par le sérieux et la maturité de vos questionnements. Permettez-moi de vous encourager, ce soir, à faire confiance au Seigneur : c’est Lui qui, plus encore que vous, veut votre bonheur et a confiance en vous ! Je vous encourage donc à avancer : vous ne voyez peut-être pas toute la route, mais avancez jusqu’à la prochaine balise, celle que la Parole de Dieu, comme une lampe frontale, lumière pour vos pas dans les obscurités de la vie, vous permet d’entrevoir. N’attendez pas indéfiniment pour choisir votre engagement. Les vies restent stériles tant qu’elles ont peur de choisir ! Nous le savons tous, et notre assemblée pourrait nous en fournir la preuve, le Seigneur n’a pas appelé « les meilleurs » ni les plus « parfaits » ni ceux qui n’auraient plus du tout de questions ni de fragilités. Bien au contraire ! Par un « Suis-moi ! » toujours adressé personnellement et dans le plus grand respect de la liberté de chacun, le Seigneur a invité ceux qu’Il avait choisis à entrer dans cette belle aventure de la vocation, qui est comme un patient tissage de la grâce et de la liberté, un tissage dont nous ne découvrirons le chef d’œuvre qu’à la fin de notre vie, quand, avec Lui, nous passerons « de l’autre côté de la toile », là où les fils et les nœuds parfois complexes de nos existences prendront enfin tout leur sens !

Il y a deux jours, toute l’Église célébrait la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. Mais à Marseille, qui fut le premier diocèse au monde à être consacré au Sacré-Cœur, il y a tout juste trois cents ans, la joie était particulièrement grande ! Et voici qu’à cause de l’épidémie qui a frappé notre pays, nous avons choisi avec toi, cher Damien, de célébrer ton ordination dans cette basilique du Sacré-Cœur, non parce qu’elle aurait été l’une de tes paroisses d’insertion pastorale, mais tout simplement parce qu’elle était assez grande pour que les distances sanitaires imposées ne diminuent pas trop le nombre des participants ! C’est ainsi que, par un de ces détours dont il a le secret, l’Esprit a tissé un peu plus en toi le lien entre ta Communauté et ton diocèse, entre ton appartenance à l’Emmanuel et ton incardination à Marseille. Car tous deux ont un lien très fort avec le Cœur de Jésus ! Après un rassemblement du Renouveau charismatique organisé à Vézelay en 1974, Pierre Goursat, fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, comprit que le centre de gravité de cette Communauté devait se trouver près d’une source où le Cœur de Jésus donnerait à chacun l’eau vive de la miséricorde et la joie de l’Évangile. L’année suivante commençaient les sessions annuelles de Paray-le-Monial, et c’est pendant l’une d’elles que « ce Cœur qui a tant aimé les hommes » est venu te confirmer sur ton chemin, cher Damien !

Maintenant que tu es à Marseille, c’est une autre visitandine, Anne-Madeleine Rémuzat, qui t’indiquera le chemin du Cœur de Dieu, comme elle l’avait fait pour Mgr de Belsunce au moment de la peste. Je te confie à sa prière, ainsi qu’à celle de Charles de Foucauld, qui sera bientôt canonisé et qui, en juin 1890, avait passé quelques jours à Marseille avant d’embarquer vers la Syrie. Avec eux, je sais que tu es en de bonnes mains, ou plutôt dans la « fournaise d’amour » du Cœur du Fils de l’homme, qui « n’est pas venu pour être servi mais pour servir ». Que ce soit le programme de ton ministère diaconal. Et quand, si Dieu le veut, tu seras prêtre, n’oublie pas que tu resteras toujours diacre, et entretiens tout au long de ta vie la belle et grande grâce de ton diaconat !

Amen !

+ Jean-Marc Aveline
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Lundi 22 juin 2020