Ordinations 18 juin 2017

« L’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne. » Ainsi s’exprimait le concile Vatican II dans la constitution sur l’Eglise : « L’Eucharistie est source et sommet de toute la vie chrétienne » (L.G. N°11).

L’Eglise fête aujourd’hui le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, ce sacrement si important et si cher aux catholiques. Il est la nourriture de la vie éternelle. Préparer sa première communion est un moment important de la vie des enfants et des jeunes chrétiens, comme de celles et de ceux qui la vivent à l’âge adulte. Ne pas pouvoir communier est une épreuve spirituelle profonde, spontanément ressentie comme une exclusion.

Dans l’extrait du dialogue entre Jésus et les juifs que nous venons d’entendre, Jésus insiste sur cette nourriture spirituelle : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » Il faut manger pour vivre, dit la sagesse populaire. C’est vrai pour la vie du corps de chair. Ça l’est aussi pour l’union au Christ, l’union spirituelle à Dieu, la vie en Lui. On ne peut durer dans la vie chrétienne, et encore moins grandir en elle, sans un rapport proche à l’Eucharistie. La vie chrétienne est une vie d’amitié, de confiance et d’imitation du Christ Jésus. A l’Eucharistie, on vient nourrir cette amitié. On y écoute la Parole de Dieu, on la laisse pénétrer dans notre cœur. On rend grâce au Père qui a donné son Fils bien-aimé. On y accueille l’œuvre de l’Esprit qui rend semblable à Dieu. On communie à sa présence. On mange ses paroles, on mange le sacrement de sa présence. On se laisse transformer par Celui que l’on reçoit et qui nous rend semblables à Lui. Nous venons boire à la source de l’amour de Dieu pour nous. Ce qui est grand aussi à l’Eucharistie c’est qu’elle nous rappelle à quel point Dieu nous aime personnellement et comment Il nous veut frères et sœurs les uns des autres. « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain », écrivait Paul aux Corinthiens. Ce sacrement est celui de l’amour de Dieu pour nous et celui de l’amour entre nous à faire, à réaliser.

Alors, vivre l’ordination de jeunes prêtres le jour où l’Eglise fête le Corps et le Sang du Seigneur est rempli de signification. C’est par leur ministère que nous vient ce sacrement. Le manque de prêtres se remarque tout particulièrement quand l’Eucharistie vient à manquer. Beaucoup de ceux qui deviennent prêtres ont eu un rapport étroit avec l’Eucharistie durant leur cheminement. C’est dans sa célébration qu’ils ont perçu tout ce que ce sacrement révèle de l’amour de Dieu pour l’humanité. Il se fait nourriture des hommes, nourriture qui unit à Dieu. Ils y ont entendu l’appel à devenir prêtres.

Et comment ne pas associer à ce sacrement celui de la réconciliation, où l’amour de Dieu pour les hommes est encore redit sans lassitude ? Quel beau ministère que de dire de la part de Dieu : « Par le ministère de l’Eglise, je te pardonne tes péchés. » Quand cette parole tombe sur celui qui perçoit son éloignement de Dieu et en souffre, c’est comme un renouveau. Les larmes de joie ne sont pas loin. La basilique de Notre-Dame de la Garde est dans notre diocèse un grand lieu de joies spirituelles.

Chers Antoine, Rémy et Thomas, voilà que, ce jour, vous êtes ordonnés prêtres, prêtres à la manière de Jésus. Non pas prêtres pour dominer, mais prêtres humblement à genoux devant ceux à qui vous voudrez révéler l’amour de Dieu. Pas prêtres pour se mettre en avant, mais prêtres pour laisser la grâce de Dieu passer par votre ministère pour que vous n’en gardiez rien pour votre gloriole. Pas prêtres pour s’enorgueillir d’un pouvoir spirituel, mais prêtres pour imiter Celui qui a fait de sa vie un don pour ses frères. Pas prêtres pour se tenir séparés des hommes, mais prêtres pour se faire proches, proches surtout de ceux dont la dureté de vie pourrait leur faire penser qu’ils sont abandonnés de Dieu. Pas prêtres tout seuls, mais membres d’un presbyterium autour de l’évêque pour servir ensemble le peuple de Dieu. Pas prêtres qui recherche la perfection des rites, mais plutôt celle de la proximité du Christ qui se traduira en tendresse, en bonté, en générosité pour ceux et celles qui vous seront confiés. Prêtres, amis du Christ et frères des baptisés avec lesquels vous construirez la vie de la communauté chrétienne. La célébration des sacrements ne se réduit pas au moment où on les célèbre. Ils engagent ceux qui les célèbrent et ceux qui les reçoivent dans une vie nouvelle dans le Christ, dans une conversion et un engagement à annoncer et à proposer la suite du Christ comme chemin, vérité et vie.

C’est une joie pour l’Eglise qui est à Marseille de vous recevoir comme prêtres. Merci pour votre réponse à l’appel de Dieu. Merci pour votre générosité. Nous prions pour vous aujourd’hui et demain. Soyez des prêtres selon le cœur de Dieu.

La Vierge Marie s’est tenue proche de son Fils Jésus. Elle se tient proche de vous. Imitez sa tendresse pour les hommes.

Amen.

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

Dernière mise à jour : Jeudi 22 juin 2017