Qui est Marie ?

Marie, une sœur aînée dans la grâce, une femme de son temps, la mère de Jésus, un signe de notre humanité

Marie, une sœur aînée dans la grâce
« Il ne faut pas trop bavarder au sujet de celle qui n’a presque pas parlé et dont nous savons peu de choses », conseillait le P. Yves Raguin. Marie est notre sœur en humanité, même si elle est pour nous une sœur aînée dans la grâce. « Si elle est un modèle, il faut la voir dans sa montée en grâce auprès du Fils, dans sa foi pétrie d’inquiétude maternelle » (Christian Makarian, Marie, p. 184).

Les évangiles n’ont pas désiré nous raconter la vie de Jésus, sinon ils auraient pris grand soin, à la manière des biographes de l’époque, de nous rendre nombre de détails qui nous font défaut. Ces silences renvoient à tout ce qui n’avait pas nécessité d’être dit, parce qu’appartenant à l’expérience commune des hommes.

Marie, une femme de son temps
De Marie, ils ne disent presque rien, pour la même raison : elle est une femme de son temps.
D’abord, son nom, Marie, anagramme, en français, du verbe qui décrit au mieux ce qu’elle est : aimer. Marie (Miriam, Mariam) est un nom très usité, nous pouvons côtoyer quelques femmes dans l’Ancien Testament qui le portent.
Marie, celle qui aime, est certainement une adolescente quand elle donne le jour à Jésus. Une adolescente dont on ignore tout ou presque. Divers indices mettent en avant la bourgade de Nazareth, dont l’évangéliste a le souci de préciser qu’elle est sise en Galilée. Or, la Galilée n’est pas un haut fief de la religion, le prophète en parle comme de la Galilée des nations, lieu où s’exercent diverses influences poli-tiques ou religieuses jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle elle est judaïsée.
Marie vit selon les règles en usage dans la société juive de son temps. Règles qui codifient tant la vie publique et religieuse que la vie privée. Le judaïsme, en posant comme principe la création de l’humanité par Dieu et une même origine à l’homme et à la femme, instaure, de facto, une égalité entre les deux sexes. Il oblige même l’homme à une certaine considération de la femme, car outrepasser ses droits, c’est en quelque sorte faire offense à Dieu. Si la femme vit un certain effacement sur la scène publique, dans l’intimité, elle exerce une réelle autorité. Ainsi c’est elle qui, allumant les bougies du shabbat, rythme la vie familiale, c’est elle aussi qui a en charge les lois de pureté de la famille à travers la cuisine, l’éducation des enfants (transmission des lois...).
Marie a dû vivre selon les règles conjugales du moment : le statut des fiançailles représentait un état très proche du mariage, en particulier une dot était nécessaire pour être considérés comme fiancés. Qu’en est-il de Marie et de Joseph ? L’Ecriture nous dit qu’ils étaient fiancés (Matthieu 1, 18 ; Luc 1, 27)... mais ne nous dit rien de la façon dont ils se sont mariés. Il est vrai que cela importe peu.

Marie, mère de Jésus
Dans le monde biblique, la procréation recouvre une importance certaine. Toute maternité est pensée comme un don divin : elle manifeste que Dieu n’abandonne pas son peuple, que le peuple est toujours son élu, que son dessein de salut se poursuit vers son accomplissement. Toute naissance est lue comme un signe de la fidélité divine à l’Alliance. La conception de Jésus est à lire dans ce contexte, pour saisir son poids. Quant aux récits évangéliques qui en sont faits, il faut les scruter à l’aide d’une autre exigence, théologique celle-là : celui qui est conçu est le Sauveur. Les récits sont construits sur cette affirmation.
Marie, mère de Jésus, est montrée dans sa suite. C’est le fils qui suscite l’intérêt. Mais humainement, et les évangiles en portent la trace, Marie sera constamment partagée entre « la mère qui s’accomplit dans sa descendance et la croyante qui suit son Sauveur ». A diverses reprises, Marie est manifestée plus mère que « servante de Dieu ». C’est là toute la richesse de sa proximité avec notre humanité et le signe de l’action de la grâce en elle. Comment ne pas entendre le cri de la mère et toute l’émotion de celle qui a eu peur, qui est dans l’angoisse, qui a craint le pire pour son enfant, quand Marie retrouve Jésus au Temple (Luc 2, 41-50). Ailleurs : « Sa mère et ses frères arrivèrent près de lui, mais ils ne pouvaient le rejoindre à cause de la foule. On lui annonça : "Ta mère et tes frères se tiennent dehors ; ils veulent te voir." Il leur répondit : "Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique" » (Luc 8, 19-21). Dure parole qui a dû travailler le cœur de mère de Marie et lui permettre cette « montée en grâce » qui est tout son parcours... Montée qui culminera au Golgotha, quand elle se dépouillera de son fils arraché par la main des hommes pour obéir au Père. Enfin : « Or, comme il disait cela, une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : "Heureuse celle qui t’a porté et allaité ! " Mais lui, il dit : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent ! " » (Luc 11, 27-28). A la grandeur de la maternité que seule une femme peut ressentir et exprimer hautement, Jésus répond en indiquant un chemin difficile, dont nous savons que sa mère l’empruntera pour le mettre en pratique et lui donner tout son sens, dans sa chair même. La mère sera la « croyante ».

Marie, signe de notre humanité
A la lumière de l’expérience humaine de Marie, il nous faut essayer de lire ce qui concerne l’humanité en général à travers deux réalités qui, l’une comme l’autre, ne recouvrent pas l’humanité entière, mais en sont des annonces de sa réalisation, de son achèvement : Israël et l’Eglise.
En Marie se résument la vocation et l’espérance d’Israël, son attente et son « ascension », portées à leur accomplissement. C’est tout Israël - tel que Dieu le veut - qui est dans l’attente du Messie et qui l’accueille. Dès lors, accepter Marie comme cette image parfaite d’Israël situe Jésus comme fils d’Israël, accomplissant tout ce qui, dans le peuple élu, n’a été que préparation, parfaisant tout ce qui n’a été vécu qu’imparfaitement (Matthieu 5, 17).
En Marie se dessine l’Eglise à venir, elle est annonce de ce peuple nouveau recevant du peuple choisi Celui qui apporte le salut à tous les hommes (Romains 10, 12). Elle manifeste le cheminement que cha-cun, à partir de sa propre histoire, est invité à parcourir pour accueillir en lui le Christ toujours à naître pour l’offrir au monde. Chacun, à la manière de Marie qui l’a vécu dans sa chair, est appelé à devenir « théophore ». Son chemin doit être le nôtre pour passer d’homme engagé dans l’histoire et marqué par notre « humanitude » à l’homme renouvelé, vivant dans l’intimité divine, marqué par l’Esprit donné.

Marie, pleine de grâce
Toute la vie de Marie - son humanité aussi - est habitée par cette faveur divine (Luc 1, 28), autrement dit par Dieu lui-même. En lui donnant ce titre, il ne s’agit pas de couper Marie de l’humanité, mais de con-templer la vie à laquelle, au cœur de notre humanité, nous sommes appelés, si nous acceptons l’œuvre de Dieu en nous, si nous laissons agir l’Esprit en nous. En un mot, Marie nous renvoie à notre vocation première et fondamentale : être créature, à l’image et à la ressemblance de notre Créateur.

Jean-Luc Ragonneau, s.j.

Commentaires

  • Marie n’est pas une idole. Le seul sauveur, c’est Dieu, Jésus-Christ. Marie n’est que l’instrument hu-main, fille d’Adam, fille d’Israël, incarnation d’un peuple, sœur de notre race. Par sa sainteté, elle a été rendue capable d’incarner dans l’histoire la vie de Dieu. Le meilleur hommage qu’un chrétien puisse ren-dre à la Vierge, c’est de faire comme elle : incarner la vie de Dieu dans les vicissitudes de l’histoire mouvante de notre temps. (Mgr Oscar Romero, 24 décembre 1978)
  • « Mentionne Marie » (Coran 19, 16). Le livre saint des musulmans les invite à se souvenir de Marie en termes respectueux et admiratifs. Le nom de Marie est mentionné 34 fois dans le texte coranique qui réserve à la Mère de Jésus une position privilégiée, jamais atteinte pour les autres femmes, fussent-elles épouses ou filles du Prophète de l’islam. D’une rive à l’autre de la Méditerranée, de Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, à Notre-Dame d’Afrique, à Alger, grande est la dévotion populaire des musulmans à l’égard de Myriam, la Mère de Jésus. (Roger Michel, La Croix, 22 juin 1999)
  • Les sept voiles de Marie ont été tissés par la tradition, le dogme, la liturgie, la légende, l’art, la poésie et la musique. Ces voiles dissimulent la réalité d’autant mieux qu’ils sont plus beaux et plus imposants. Il me paraît donc indispensable de procéder à un dévoilement afin de mettre à découvert la face juive d’une jeune mère de Galilée. (Schalom Ben-Chorin, Marie, un regard juif sur la mère de Jésus)
  • La douce mère de Dieu nous enseigne, par exemple, de son expérience et par des paroles, comment on doit reconnaître, aimer et louer Dieu. [...] Marie se sait mère de Dieu, élevée au-dessus de tous les hommes. [...] Le cœur de Marie demeure ferme et égal en tout temps ; il laisse Dieu faire son œuvre en elle selon qu’il le veut, et n’y puise rien d’autre lui-même qu’une bonne consolation, de la joie et de la confiance en Dieu. Nous devrions faire de même, ce serait là chanter un véritable Magnificat. (Martin Luther)
Dernière mise à jour : Lundi 25 août 2014