Rechercher le bien commun

A l’occasion de la rentrée, Mgr Pontier revient dans l’Eglise à Marseille sur quelques sujets d’actualité

Mgr Pontier, on a commémoré, au mois de juillet, les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray. Deux événements qui ont profondément marqué notre société.

Ces deux attentats ont eu un retentissement inouï. Le premier, à cause de la sauvagerie de l’acte criminel et du drame qui a marqué les familles des 86 victimes et tous ceux qui ont été blessés ou traumatisés. Le second, à cause du symbole que représente l’assassinat d’un prêtre dans l’exercice de son ministère, en célébrant la messe, avec quelques fidèles, dans un petit village. Le choc provoqué par sa mort est double. D’abord, la population française, dans son ensemble, a senti qu’on franchissait un seuil dans l’horreur en s’attaquant à une personne âgée, un prêtre, un homme du sacré, et on voyait bien que c’était pour nous dresser les uns contre les autres, catholiques contre musulmans. Ensuite, parce que les catholiques n’ont pas eu une réaction de haine et de vengeance, mais ont aidé à garder une attitude de respect, d’amitié, de dialogue.

En quoi la vie du P. Hamel est-elle « un modèle et un encouragement pour tous », comme vous l’avez exprimé ?
Cet homme proche des gens, simple et fraternel dans son ministère et dans ses relations au quotidien, s’adressait à tout le monde et rejoignait chacun. « Un homme parmi les hommes », comme l’a dit sa sœur. Cette vie donnée, une « vie ordinaire », est grande quand elle est marquée du sceau de la fidélité. Lors de la célébration de ce premier anniversaire, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, a fait un commentaire sur le refus de la vengeance et sur le pardon, appelant à « quitter l’ombre de la haine pour passer ensemble vers la lumière de l’amour ». Et dans son discours, le président de la République a voulu manifester l’importance de la vie ordinaire des hommes et des femmes de foi, déclarant que « dans la vie humble du P. Hamel, toute offerte aux autres, dans la force d’âme des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul tentant de dialoguer avec les assassins, les Français ont reconnu une part d’eux-mêmes ». Il a souligné que ces ressources de la foi chrétienne ont été mises à la disposition de tous pour un chemin de dialogue à reconstruire, à maintenir et à privilégier. C’est en cela que la vie du P. Hamel peut être un modèle et un encouragement.

Le journal La Croix a rendu hommage, cet été, à des prêtres de la « génération Hamel ». Des modèles, eux aussi…
On devrait prendre davantage le temps d’écouter les anciens. On voit bien que les prêtres de la génération Hamel, comme le P. Auguste Juès, de notre diocèse, qui a été interviewé par La Croix, ont traversé des périodes difficiles pour la vie de l’Église, des croyants et de notre pays. Il y a eu les guerres, la sécularisation de nos sociétés qui a entraîné une crise de la transmission de la foi. Ils en ont été marqués, mais ils ont gardé en eux ce lien avec la personne du Christ qui les a nourris, qui les porte et les éclaire. Ils sont restés fidèles. Et pourtant, ils en ont vu ! Mais ce qu’ils ont gardé, c’est l’attention aux personnes, la bonté qui finalement est une des valeurs premières. Cela peut être une leçon pour les jeunes générations de prêtres.

Vous avez appelé à prier, le 15 août, pour la France, et pour que la fraternité devienne une réalité.
Pour la fête de l’Assomption, j’ai souhaité inviter chacun, après la période des primaires, les élections, les drames, les difficultés diverses de notre pays, à se redire que l’essentiel, c’est bien la fraternité, qui fait partie de notre devise républicaine. Elle doit nous inspirer les uns et les autres, pas seulement nos gouvernants mais chacun de nous, pour prendre les bonnes décisions et susciter les initiatives adaptées à la situation.
Cet idéal de fraternité a été blessé par l’individualisme, par ce culte terrible de l’argent qui fait perdre la tête. Le bon sens s’en va, on finit par tout trouver normal. Il nous faut revenir à la sagesse de la recherche du bien commun, de l’attention aux autres.

Comment vivre cet idéal de fraternité vis-à-vis des migrants qui arrivent à nos frontières ?
D’abord se rappeler que la France a été condamnée par les instances européennes pour les défaillances dans notre respect des droits de l’homme et des personnes en transit sur notre territoire ou arrivées chez nous à cause de la misère ou de la guerre. On sait la difficulté pour un Etat de régler cette question : comment faire la différence entre ceux qui ont vocation, comme disent nos responsables, à être accueillis dans notre pays et ceux qui ne l’auront jamais à la lumière des accords actuels ? Certains ont des positions assez dures par rapport aux migrants, et d’autres les accueillent et s’engagent, que ce soit en Méditerranée pour recueillir les naufragés en danger, dont plusieurs milliers sont morts l’an dernier, ou aux frontières, comme dans la vallée de la Roya.
L’Italie elle-même, après des années d’accueil admirable, est en train de durcir sa position pour réveiller les consciences, devant l’incapacité de l’Europe à prendre sérieusement en charge la question. Que faut-il faire ? Certainement un travail pour convertir notre cœur et notre regard sur ces personnes. On voit de réelles réussites si on donne à ces personnes les moyens de s’installer, d’envoyer leurs enfants à l’école, d’apporter leurs richesses humaines, intellectuelles, professionnelles. Et puis, il y a le domaine politique qui nous échappe, la dimension européenne et internationale, les relations avec les pays africains en particulier. Nous ne travaillons pas assez pour le développement des pays d’origine, et donc, nous n’agissons pas réellement sur les causes des départs.

L’actualité, dans le diocèse, c’est d’abord le 25e anniversaire de l’ISTR qui va être fêté ce mois-ci.
En initiant l’ISTR et en le confiant à Jean-Marc Aveline, le cardinal Coffy avait pressenti que le dialogue interreligieux serait une des grandes questions des décennies à venir. Nous voyons aujourd’hui comment l’Institut répond à ce besoin de formation intellectuelle, de connaissance des religions et de la position de l’Église par rapport au dialogue. En même temps, l’ISTR répond aux besoins de la société pour la prise en considération du facteur religieux et de la réalité interreligieuse et interculturelle.
Cette proximité des croyants de religions différentes pose des questions aux chrétiens. Comment pouvons-nous comprendre cette réalité à la lumière du Christ, seul sauveur, chemin, vérité et vie ? Comment situer l’autre dans notre foi chrétienne ? Notre institut permet de nous approprier cette réflexion au niveau théologique. Un travail qui va nous occuper encore quelques décennies ! Fêter ce quart de siècle, c’est fêter tous ceux et celles qui ont apporté leur contribution, Jean-Marc Aveline et tous ses collaborateurs, ainsi que la nouvelle équipe qui anime l’ISTR, ceux qui s’y sont formés et tous ses partenaires.

Cette rentrée voit des changements dans les paroisses et à Notre-Dame de la Garde.

C’est en effet un changement important, avec la nomination d’un nouveau recteur, le P. Olivier Spinosa. Nommer un prêtre jeune, c’est affirmer que le diocèse tient à Notre-Dame de la Garde, un site majeur pour la pastorale et pour la symbolique de l’accueil. Je remercie le P. Jacques Bouchet qui a exercé cette responsabilité de belle manière pendant neuf ans, avec non seulement la réussite des fêtes du 8e centenaire, mais aussi tout ce qui a été entrepris ces dernières années. Tous les Marseillais comprennent l’importance de ce lieu et les chapelains eux-mêmes se réjouissent de l’image du Dieu miséricordieux qui s’y exprime. La réflexion pastorale sur l’accueil, en particulier des croisiéristes et des touristes, se poursuit. Des initiatives vont être prises, avec l’arrivée de nouveaux chapelains.

Autre lieu symbolique, Saint-Ferréol, et le départ des Oratoriens.
La responsabilité avait été confiée aux Oratoriens en 2010. Mais la fragilité de leur corps, le manque de vocations les a obligés à réfléchir à une autre organisation, à quitter Lyon et Marseille pour se recentrer sur Paris et réorganiser leur présence et leur service dans l’Eglise de France. Nous regrettons beaucoup ce départ.
C’est une autre congrégation, les Jésuites, qui va reprendre le flambeau. Nous avons la chance de voir leur communauté se fortifier à Marseille. Ils vont donc assurer l’animation de ce quasi-sanctuaire qu’est Saint-Ferréol, sur le Vieux-Port. Il accueille toutes sortes de publics et il restera le rendez-vous des jeunes pour la messe du dimanche soir.

Quelles sont vos priorités pour la nouvelle année pastorale ?
Au mois de juin, j’ai eu la joie d’ordonner trois prêtres. Trois jeunes hommes entrent en première année de séminaire, et deux autres en propédeutique. L’Année Saint-Cassien, que nous avons créée l’an dernier, porte des fruits. Cet élan va se renouveler et se développer cette année pour offrir une structure ou un soutien à ceux qui se posent la question de la vocation presbytérale, et on va l’élargir à la vie religieuse.
Nous allons voir comment le Synode sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », qui va se tenir à Rome en octobre 2018, peut prendre corps ici. Une invitation est lancée aux jeunes adultes pour collaborer à cette réflexion dans le diocèse. Pour leur donner une place plus grande, nous avons besoin de mieux les écouter, connaître leurs besoins, les changements de modes de vie. Nous réfléchissons à la mise en place d’un conseil pastoral des jeunes.
Nous préparons également la Journée mondiale des pauvres, le 19 novembre. Une invitation du Pape, à la suite du Jubilé de la miséricorde, pour faire vraiment place aux pauvres dans nos communautés.
Ce sont quelques priorités, mais je souhaite surtout que, durant cette année, les communautés chrétiennes, et chacun de nous, les baptisés, nous approfondissions notre lien à la personne du Christ pour en rayonner réellement dans nos vies de tous les jours. Que notre foi, au-delà de nos peurs, soit la lumière pour éclairer nos choix et qu’elle développe en nous la bonté et la bienveillance à l’égard de ceux au milieu desquels nous vivons.

Dernière mise à jour : Vendredi 15 septembre 2017